L'interview de FLAVIA COELHO

🕑 Temps de lecture : 2 min
FLAVIA COELHO FLAVIA COELHO FLAVIA COELHO FLAVIA COELHO FLAVIA COELHO FLAVIA COELHO FLAVIA COELHO

Publié dans le PROG n°214 de Juillet-Août 2024

« Pour être positif, il faut s’entraîner ! »

Après Chambray en Mai, la plus française des chanteuses brésiliennes revient en Touraine avec son album Ginga, pour faire danser Yzeures N’Rock ! 

 

Comment peut-on traduire « ginga » ?

Jeu de jambes ! Pour tout : le foot, la danse… C’est aussi une manière d’être. Quand on dit de quelqu’un qu’il a de la ginga c’est qu’il sait bouger, se débrouiller. Et c’est aussi un des pas de la capoeira.

En quoi ça caractérise l’album ? C’est une sorte de retour aux sources ?

Y’a un peu de ça ! Les gens ont toujours l’idée de moi et de mes concerts liée à l’énergie. C’est le socle de ma musique, et de l’image qu’a le public. Mais avec le disque (comme à chaque fois) j’aime proposer des morceaux qu’on prend le temps d’écouter. C’est une ambiance totalement différente des concerts ! Avec Ginga par exemple, il y a dix titres, qui durent chacun plus de 4 minutes : on peut prendre le temps de les écouter un par un, les découvrir, les savourer, s’en imprégner... 

Pour le single « Mais amor », vous insistez sur la positivité des Brésiliens. Ça demande des efforts d’être positive ?

Énormément ! C’est plus facile d’être ronchon et de faire la gueule ! Ici c’est un sport national, mais cela a son charme sinon je ne serai pas là depuis aussi longtemps, soyons clairs ! Et je ne suis pas non plus pour la positivité toxique : il faut être conscient de la réalité, le monde va mal, surtout en ce moment. On est sous un déluge d’informations, y compris des fake news, on est pris au piège. Être positif suppose de résister à tout ça, et il faut s’entraîner tous les jours ! Pour moi ça n’est pas si compliqué, car je viens des favelas, et aujourd’hui je suis privilégiée, je vis de ma passion, les gens viennent aux concerts… Mais avoir un lit pour dormir, de l’eau pour boire, se satisfaire des petites choses, c’est essentiel.

Après plusieurs années en France, vous avez adopté certaines de nos habitudes ?

Le pain est extraordinaire ! Mais le plus important, c’est votre curiosité et l’accès à la culture. Les écoles de musique, les théâtres, le nouveau pass culture, l’accueil des artistes… Ça n’existe qu’ici, grâce à l’amour des Français pour la culture et leur curiosité. En découvrant tout cela à mon arrivée en 2002, faire ma vie ici est devenu une évidence !

Vivre loin de son pays c’est aussi le découvrir autrement, à distance…

J’ai fait toute ma psychanalyse comme ça ! La preuve, cette interview c’est un peu une séance, non ? Quitter le cocon, ce n’est pas quitter la maison des parents : c’est quitter son pays. Quand tu grandis dans son pays, peu importe où tu vas, la communication est simple car tu partages la même langue, la nourriture, la culture. Quand on traverse un océan pour un pays dont ne parle pas la langue et dont on ne maitrise pas les codes, on éprouve une forte nostalgie, la saudade revient au galop. Ce voyage m’a permis de devenir la femme que je suis. En ce moment je lis le livre d’Edouard Louis (Changer : méthode), qui parle de la notion de transfuge de classe, comment on vit le fait de dépasser sa classe sociale d’origine. C’est quelque chose que j’ai vécu, et que je vis encore. 

Quel rôle joue la musique dans tout ça ?

C’est mon tapis volant, c’est mon transport. C’est elle qui depuis toujours m’a permis de voyager : quitter les conditions dans lesquelles j’étais, faire plaisir à mes amis, multiplier les rencontres… C’est grâce à la musique que je peux faire le tour du monde, et elle m’a aussi apporté la méthode, la constance, la discipline ! Et le partage, avec les autres musiciens : c’est pour ça qu’avoir un badge pour aller partout sur un festival, échanger avec les artistes, c’est le kif !

Et la vie de tournée, dans le bus, ça vous plaît ?

J’adore ! Cela me permet de voir plein de concerts, de rencontrer d’autres artistes, mais aussi les techniciens et tous ceux qui travaillent toute l’année pour nous procurer quelques heures d’épanouissement. Je suis fan de tous ces gens !

Vous revenez en plus avec un format différent des concerts précédents : vous étiez en format « soundsystem », qu’est-ce qui change sur cette tournée qui passe par la Touraine ?

Nous sommes quatre sur scène avec un nouveau guitariste (jusqu’ici on était trois), et un nouveau show lumières. Et côté musique, on mélange d’anciens titres à ceux du nouvel album. 

La dernière chose avant de monter sur scène sur cette tournée ?

Je remercie le fait d’avoir la chance de jouer ce concert ! Et en sortant, je fume une cigarette.

 

Retrouvez Flavia Coelho au festival Yzeures N’Rock le dimanche 4 août 2024.